Guide
Projections cartographiques : comprendre pourquoi les cartes déforment
Pourquoi toutes les cartes déforment-elles la réalité ? Notions de base sur les projections cartographiques, avec exemples pour la carte de l'Europe.
Représenter la surface d'une sphère sur une feuille plane est impossible sans déformation. Imaginez que vous essayiez d'aplatir une peau d'orange : elle se déchire ou se plisse. Les cartographes ont inventé différentes méthodes pour limiter les dégâts, appelées projections. Chacune conserve certaines propriétés au détriment d'autres. Ce guide présente les notions essentielles sans formules, avec l'Europe comme fil conducteur.
À retenir
• Aplatir une sphère sur un plan est impossible sans déformation : toute carte est un compromis.
• Une projection peut conserver les surfaces (équivalente), les angles (conforme) ou certaines distances (équidistante), mais jamais tout à la fois.
• Mercator conserve les angles et sert à la navigation, mais agrandit les régions proches des pôles.
• Pour comparer la taille des pays d'Europe, une projection conique ou azimutale équivalente est souvent un bon choix.
• Beaucoup de cartes interactives utilisent une variante de Mercator : méfiez-vous des tailles apparentes.
Que déforme une projection ?
Une projection peut déformer quatre choses principales : les surfaces, les formes, les distances et les angles. Une projection équivalente conserve les surfaces, mais déforme les formes. Une projection conforme conserve les angles et les formes locales, mais déforme les surfaces. Une projection équidistante conserve certaines distances, par exemple à partir d'un point central. Aucune projection ne conserve tout à la fois, sauf sur un globe. Le choix dépend donc de l'usage de la carte.
Quelles sont les grandes familles de projections ?
On classe souvent les projections selon la surface géométrique utilisée pour les construire. Les projections cylindriques enroulent virtuellement un cylindre autour du globe. Les projections coniques utilisent un cône posé sur la sphère, ce qui convient bien aux régions de latitudes moyennes comme l'Europe. Les projections azimutales projettent sur un plan tangent, ce qui est pratique pour visualiser les régions polaires ou les distances à partir d'un point. Il existe aussi des projections hybrides ou pseudo-cylindriques qui cherchent un compromis visuel pour les cartes du monde.
Pourquoi la projection de Mercator est-elle célèbre ?
La projection de Mercator est célèbre. Elle conserve les angles, ce qui la rend précieuse pour la navigation : une ligne de cap constant y est une droite. En revanche, elle étire fortement les surfaces à mesure que l'on s'éloigne de l'équateur. Les pays proches des pôles paraissent beaucoup plus grands qu'ils ne le sont. Sur une carte de l'Europe en Mercator, la Scandinavie et l'Islande semblent plus étendues par rapport aux pays méditerranéens. C'est utile de le savoir quand on compare visuellement la taille de pays situés à des latitudes différentes.
Quelles projections utiliser pour l'Europe ?
Pour cartographier l'Europe, on choisit souvent des projections adaptées aux latitudes moyennes. Une projection conique conforme ou équivalente limite les déformations pour un continent s'étendant en longitude. Les cartes officielles européennes utilisent fréquemment des projections spécifiques, adaptées à des usages statistiques ou à des usages géodésiques. Pour un usage scolaire ou grand public, une projection conique équivalente ou une projection azimutale équivalente donne une impression plus juste des proportions entre pays. Les outils numériques proposent aussi des projections dédiées. Là encore, la légende ou les métadonnées de la carte précisent le choix retenu.
Les cartes interactives et le Web Mercator
Beaucoup de cartes interactives en ligne utilisent une variante de Mercator, parce qu'elle simplifie le découpage en tuiles et le zoom. Cela explique pourquoi les pays du nord paraissent plus grands. Lorsque l'on compare des surfaces ou que l'on mesure des distances sur une grande étendue, il vaut mieux utiliser un outil qui calcule la distance sur le globe, plutôt qu'une mesure à la règle sur l'écran.
Quelques exemples de déformations
Sur une carte du monde en Mercator, le Groenland paraît presque aussi vaste que l'Afrique, alors que l'Afrique est bien plus étendue. Cet effet est moins prononcé sur une carte de l'Europe seule, mais il existe encore : la Norvège, la Suède et la Finlande semblent plus larges relativement à l'Espagne ou à l'Italie. Sur une projection équivalente, ces écarts s'atténuent et les surfaces des pays sont plus comparables.
Les coordonnées et les repères
Pour situer un lieu, on utilise la latitude et la longitude. La latitude se mesure à partir de l'équateur, vers le nord ou vers le sud. La longitude se mesure à partir du méridien de Greenwich, vers l'est ou vers l'ouest. Les projections transforment ces coordonnées en positions sur la carte. Un quadrillage de parallèles et de méridiens, appelé graticule, aide à repérer la déformation : s'il est très étiré, la projection déforme fortement.
Comment choisir la bonne projection ?
Posez-vous une question simple : quelle information doit rester juste ? Si vous naviguez, privilégiez la conformité. Si vous comparez des surfaces ou des densités, privilégiez l'équivalence. Si vous mesurez des distances à partir d'un lieu, une projection équidistante convient. Pour une carte murale d'Europe destinée aux élèves, une projection conique ou azimutale équivalente est souvent un bon choix. Et si vous avez l'occasion de manipuler un globe, utilisez-le pour confronter la carte plane à la réalité.
Un exercice pour les élèves
Demandez aux élèves de dessiner un contour de pays sur une orange, puis d'essayer de l'aplatir. Ils comprennent concrètement pourquoi une carte déforme. Faites-leur ensuite comparer deux cartes de l'Europe avec des projections différentes et noter ce qui change : formes, tailles apparentes, courbure des méridiens.
En résumé
Toute carte est une interprétation de la réalité. Les projections sont des compromis, et la bonne projection est celle qui répond à votre besoin. Connaître ce principe donne un regard critique sur toutes les cartes que l'on croise, des atlas aux applications mobiles.